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Née Radhia Novat le 20 février 1956 à Paris, Miss.Tic incarne l’audace d’une artiste féministe, mêlant pochoirs subversifs, poésie engagée et impertinence pop. Pionnière du street-art hexagonal, elle a transformé les murs de Montmartre à Montpellier en manifestes pour la liberté féminine.
Enfance : Une tragédie fondatrice
Issue d’un père ouvrier tunisien et d’une mère « paysanne éclairée », Miss.Tic grandit dans le Paris bohème des années 1960, entre les ateliers d’artistes de la Butte Montmartre et l’âpreté de la cité des Aviateurs à Orly. À 10 ans, elle perd sa mère, son frère et sa grand-mère dans un accident de voiture, puis son père à 16 ans. Ces drames forgent une sensibilité à vif, qu’elle transcende par l’art.
1985 : Naissance d’une icône
De retour d’une Californie décevante (où une rupture amoureuse la marque), elle lance son alter ego « Miss.Tic » en 1985 : des pochoirs de femmes fatales en collants résille, accompagnés de slogans mordants (« Sois moderne, adore-moi »). Inspirée par Prévert, Baudelaire et les prostituées de son enfance, elle bombarde Montmartre, Ménilmontant et le Marais d’une poésie urbaine féministe, bien avant que Banksy ne fasse du street-art un phénomène global.
Années 1990 : Entre clandestinité et reconnaissance
1992 : Son atelier parisien brûle, détruisant toutes ses matrices. Elle reconstruit son univers avec une rage créative.
1997 : Condamnée à 4 500 € d’amende pour « détérioration », elle revendique son art comme acte politique : « Je ne vandalise pas, j’illumine ».
1998 : Son livre Je ne fais que passer (éd. Alternatives) devient culte, mêlant poèmes et photos de ses œuvres éphémères.
Années 2000 : Consécration institutionnelle
Miss.Tic s’impose dans un milieu très masculin :
2002 : L’exposition Muses et Hommes à la Fondation Paul Ricard revisite les chefs-d’œuvre classiques (Delacroix, Manet) en version street-art.
2008 : Je prête à lire mais je donne à penser (Grasset) fusionne littérature et art visuel.
2011 : La Poste édite des timbres à son effigie pour la Journée des droits des femmes, symbole de sa légitimation nationale.
Engagements et collaborations
Cinéma : Affiche du film La Fille coupée en deux (Claude Chabrol, 2007).
Urbanisme : Design de la ligne 5 du tramway de Montpellier (2017), intégrant ses poèmes dans l’espace public.
Féminisme : Ses héroïnes, armées de fouets et de jeux de mots (« La femme est l’avenir du mâle »), dénoncent machisme et diktats beauté.
Héritage (2022-2024)
Décédée le 22 mai 2022, Miss.Tic laisse 4 000 œuvres dans 15 pays. Son influence persiste :
Expositions posthumes : Rétrospective au Musée d’Art Urbain de Saint-Denis (2023), hommage à la Biennale de Lyon (2024).
Street-art engagé : Des collectifs féministes (ex. Les Guerrilla Girls) reprennent ses codes pour des campagnes anti-harcèlement.
Littérature : Miss.Tic, Graffitiste de l’âme (éd. Flammarion, 2023) analyse son impact sur la culture pop.
Citation mythique
« Je ne suis pas une artiste, je suis une arme. Mes pochoirs sont des balles, mes slogans des déclarations de guerre. »
— Miss.Tic, 2005.
Pourquoi Miss.Tic reste incontournable ?
Pionnière : Première femme street-artiste française à conquérir musées et rues.
Fusion des arts : Elle lie poésie, théâtre et graffiti bien avant l’ère des collaborations cross-média.
Féminisme radical : Ses œuvres préfigurent #MeToo, mêlant séduction et subversion.
Anecdote : En 2024, la mairie de Paris rebaptise une rue de Montmartre « Allée Miss.Tic », où ses pochoirs sont désormais protégés comme patrimoine.